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3.4 Une solution miracle ?

Abstinence ou consommation contrôlée
Estimation de la consommation d’alcool en unité
Olivier Ameisen, une découverte extraordinaire
Une solution miracle ?


3.4 Une solution miracle ?

Certains patients n’atteignent pas le résultat escompté : pourquoi ?

Extrait de «  Vérités et mensonges » Renaud de Beaurepaire  Ed Albin Michel

Plusieurs raisons peuvent l’expliquer :

1. Les patients restent prisonniers de la ritualisation de leurs habitudes de boisson, ils boivent compulsivement sans véritable craving. On pourrait dire qu’ils boivent sans soif, qu’il y a dissociation entre la compulsion et le craving, c’est assez fréquent ;

2. L’effet suppresseur du baclofène sur le craving est incomplet (soit du fait d’une intensité trop forte du craving, soit du fait d’un effet suppresseur du craving relativement faible du baclofène, ou encore des deux) ; se pose ici la question de la dose de baclofène nécessaire, qui n’a peut-être pas été atteinte.

3. Les patients souffrent d’une grande instabilité émotionnelle, avec des épisodes fluctuants d’angoisse intense, auxquels correspondent des fluctuations du craving, intense lui aussi au moment des épisodes d’angoisse, et vis-à-vis desquels le baclofène est inopérant ;

4. Le patient présente des troubles psychologiques, de type dépressif ou borderline, tels que l’alcool a chez lui une fonction double, et contradictoire : thérapeutique dans un sens, anxiolytique par exemple, ou même antidépressive, quand boire est indispensable au patient pour ces raisons (ce que l’on appelle l’automédication par l’alcool) ; et en même temps une fonction suicidaire (on peut considérer l’alcoolisme chronique comme une conduite suicidaire inconsciente)

5. L’alcool a une fonction trop importante dans les relations entre la personne et son environnement professionnel. Par exemple, le malade souffre d’une phobie sociale et ne supporte pas d’affronter son activité professionnelle sans avoir bu ;

6. L’alcool occupe une fonction trop importante dans les relations entre la personne et son environnement familial, dans une interaction où il est indispensable pour elle de montrer, par exemple, qu’elle est en train de se détruire avec l’alcool (le message étant : « c’est à cause de vous »)

7. Les patients n’observent pas convenablement leur traitement. Plusieurs causes sont possibles : une hostilité de principe vis-à-vis des médicaments (ce qui est fréquent) et que les patients n’avouent pas à leur médecin, notamment de crainte de le décevoir ; des troubles cognitifs et de l’attention, fréquents chez les alcooliques, mais aussi chez les patients qui présentent des troubles bipolaires ou diverses formes de psychose, ou d’autres formes d’instabilité émotionnelle ; la certitude du patient qu’il peut s’arrêter de boire sans médicaments (il a consenti à accepter la conduite que son entourage le pressait d’adopter, c’est-à-dire aller voir un médecin et de se faire prescrire un médicament, mais il veut en réalité garder le contrôle de son rapport à l’alcool), dans une forme de toute-puissance ;

8. Globalement, les patients chez qui le traitement ne réussit que partiellement présentent un mélange de plusieurs des éléments ci-dessus, la réalité étant qu’ils ne sont pas véritablement motivés pour arrêter de boire. Il me semble que plus les patientssouffrent de leur alcoolisme, plus le traitement est efficace ; probablement parce qu’ils sont plus motivés pour arrêter que ceux qui n’en souffrent pas »