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2.5 Place de la psychothérapie

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Place de la psychothérapie


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2.5 Place de la psychothérapie

Une des polémiques actuelles à propos du baclofène porte sur la place de la psychothérapie dans le traitement de l’alcoolisme avec ce médicament. On entend souvent  dire qu’il doit se faire dans le cadre d’un suivi médico-psycho-social continu. Ce qui d’emblée ferait réserver ce traitement aux spécialistes et aux centres spécialisés en alcoologie. Or, l’expérience des premiers médecins prescripteurs montre qu’il est possible d’obtenir un résultat positif auprès de  nombreux patients avec le baclofène seul dans le cadre d’une médecine de ville.

La différence  vient sans doute du recrutement des patients. Les services spécialisés reçoivent les patients les plus en difficulté, ceux pour qui un accompagnement psychiatrique et social s’impose. Mais à coté de ces groupes de patients correspondant au stéréotype de l’alcoolique, il en existe d’autres, certainement très nombreux, qui sont « invisibles » pour la société.
Bien contrôlés dans leur vie sociale et professionnelle, ces patients ne boivent que le soir après le travail et ne causent pas de problèmes à leur entourage. Mais ils savent qu’ils ont perdu leur liberté de boire ou de ne pas boire et se reconnaissent dépendants de l’alcool. Ceux-ci pourront se confier à leur médecin généraliste et être traités dans ce cadre.

Plusieurs situations peuvent de présenter.

A la prescription de baclofène, il convient d’ajouter suivant les cas :

– L’alliance médecin-malade. Le médecin prescrit le baclofène à dose progressive, revoyant régulièrement le patient chaque semaine ou tous les 15 jours en début de traitement. Il adapte la posologie en fonction des résultats positifs et des effets secondaires. Ceux-ci demandent un traitement spécifique et/ou une diminution de la posologie. Après quelques semaines, souvent moins de 2 mois, l’indifférence à l’alcool est obtenue. Le traitement est alors poursuivi avec une consultation mensuelle puis trimestrielle. Les entretiens réguliers avec le médecin apportent le soutien psychologique.

– Une thérapie de type comportemental pour changer les habitudes et les rituels, pour apprendre à faire face aux difficultés de la vie sans utiliser des produits. Celle-ci peut être assurée par le médecin traitant pendant les consultations, s’il est formé à cela

– La participation à un forum d’entraide entre patients. Chez les AA, les personnes vont chercher à conforter leur motivation à l’abstinence. Dans les groupes centrés sur la prise de baclofène, elles renforcent leur motivation à suivre le traitement.

– Une psychothérapie quelque soit son type, si le patient le souhaite. Elle sera instaurée  pour régler les problèmes de fond qui l’ont conduit autrefois à s’alcooliser à outrance. Celle-ci est grandement facilitée par la présence de la molécule. On peut dire qu’avant le baclofène, les psychothérapies étaient quasiment toujours mises en échec. Avec le baclofène, elles suivent leur cours normalement. Parfois il est possible à terme de se passer de la molécule, le fonctionnement cérébral ayant été rendu à la normale. Bien sur, le psychothérapeute à qui le médecin adresse le patient doit être favorable à la prise de baclofène !

– La prescription de psychotropes pour traiter une dépression sous-jacente ou une comorbidité comme le trouble borderline et la bipolarité. Elle sera faite par le médecin lui-même ou par un psychiatre.

– Dans les cas difficiles, une hospitalisation pour un sevrage peut être indispensable. Ainsi qu’une prise en charge sociale et parfois judiciaire.

A noter qu’il y a des patients qui n’ont pas – vraiment ! –  envie d’arrêter de boire, qui désirent cependant prendre le baclofène pour minimiser les conséquences dangereuses de leur alcoolisme, et aussi suivre une psychothérapie, car ils ont l’espoir de guérir. Et avec des hauts et des bas, ils vont réussir. Une longue patience de la part des thérapeutes, médecins et psys, pourra être finalement récompensée.